• Clément Rosset — La nuit de mai

    La nuit de mai


             

    Titre : La nuit de mai

    Auteur : Clément Rosset

    Première parution : 2008

    Édition lue : Minuit

    SYNOPSIS

     « Rien de plus étrange, ni de si mal connu, que la nature du désir. » 


    Clément Rosset, né le 12 octobre 1939 à Carteret dans la Manche, est un philosophe français. Entré à l’École normale supérieure en 1961, Clément Rosset devient agrégé de philosophie en 1964. Il enseigne la philosophie à Montréal de 1965 à 1967, puis à Nice jusqu’en 1998. Retraité depuis cette date, il vit à Paris et se consacre à son œuvre.

    Avertissement : risque de vomissements philosophiques. Je rapporte ici ce que j'ai compris, ce que j'ai interprété, ce que j'ai retenu, moi, lecteur benêt et peu habitué à l'exercice. Il est pour moi préférable de le préciser afin d'éviter les incidents diplomatiques. Je vous prie de ne pas trop me tenir rigueur, en outre, de l'absence de science et de jargon, si je puis dire, dans cet article. 

    La nuit de mai est un court essai de quarante pages qui décortique les lois du désir, sa provenance, ses modalités. On le doit à un rêve de Clément Rosset effectué dans la nuit du 30 au 31 mai 2007, dans lequel il se trouve dans un vol Paris-Nice de huit heures (un exploit en la matière !). Se rappelant qu'il doit tenir une conférence sur le désir le soir même et n'ayant rien préparé, il s'affole, sans compter sur la présence d'un parfait inconnu qui va surgir de nulle part et lui dicter précisément le plan de cette conférence. À son réveil, le philosophe s'empresse de tout noter, de mémoire... Le développement de ce plan donne naissance à cet essai.

    « On pourrait objecter qu'une joie qui, loin de s'associer à des réjouissances qui sont comme ses préliminaires et, selon moi, ses conditions, peut apparaître au contraire comme particulièrement précieuse lorsqu'elle interrompt soudain une série opiniâtre de revers. Mais ce prix même que lui vaut son caractère exceptionnel l'expose à un risque majeur. Le moindre vent, la moindre girouette, suffisent à le faire tourner de bord [...]. » 

    Les références sont extrêmement variées : “ Comment convoquer, dans un très bref essai, Proust et Boulez, Balzac et Stravinsky, Dostoïevski et Berio, Michaux et Tchaïkovski, Verlaine et Ravel ? Comment croiser, en quelques pages, Lucrèce, Leibniz, Nietzsche, Marx, Freud, Cioran, Deleuze et Althusser ? ” (Article La philosophie rêvée - La vie des idées.) On passe par l'inévitable analyse de la madeleine proustienne, évidemment. Et c'est pourtant bien tourné, presque poétique sur certains passages, dans les exemples utilisés, les expressions employées. Comme les détails de la vie de tous les jours de L'incroyable histoire d'Amélie Poulain. Ceux que l'on oublie, que l'on retrouve. De petites madeleines. Néanmoins, la lecture jargonne très peu, ce qui rend cette brève réunion de pensées très facile d'accès. La thèse principalement défendue ici est la suivante : le désir serait en tous cas, tous lieux, toutes occasions, un pluriel évolutif, se basant sur la perception de son sujet comme sur une analyse simple des lieux, telle un rapide constat.

    « [...] L'émotion à peine née se démultiplie aussitôt en une pluralité d'émotions relativement indépendantes les unes des autres car elles sont suscitées par des objets différents [...]. »

    Ce qui m'a le plus plu dans ces compilations d'arguments, un peu en vrac — fait qui m'a évoqué le rêve, au final, et dont l'effet ne pouvait qu'être satisfaisant —, c'est qu'à aucun moment le désir n'est matérialisé : il n'y a aucun rapport à l'apparence, à la vue, aux goûts (il l'explique très bien à un moment : le goût n'est pas la passion) ; Clément Rosset se contente de chercher l'origine du désir, tente d'en expliquer la présence, sans le définir. À aucun moment n'est évoquée la subjectivité. À aucun moment n'est évoquée l'inhérence du désir, ni au contraire un aspect extrinsèque, si ce n'est — et cela reste à mon sens peu comparable — la comparaison avec les péripéties, les quêtes uniques illustrées par les héros balzaciens, lesquels s'acharnent, leur vie durant, sur un seul et unique but, et qui finissent du reste par ne pas l'atteindre. Il est démontré par ailleurs que la pluralité peut partout se construire : autour de ces individus — ce qu'il appelle les "individus de seconde espèce", soit un flux de personnages archétypaux chez Balzac : ceux qui restent passifs, sans réfléchir, sans chercher de but, et qui au final sont les premiers desservis par cet état léthargique —, mais aussi et surtout autour de ce désir, comme un flux de constante compagnie.

    « L'objet du désir balzacien est unique et non pas isolé. »

    Au-delà de tout ce fond très sympathique et agréable à partager ou à ne pas partager d'ailleurs, il m'est arrivé de ne pas être d'accord avec une affirmation, de m'arrêter, d'y réfléchir, de me demander pourquoi. En quarante pages, j'ai dû faire une bonne centaine d'arrêts. C'est à cela que servent ces ouvrages également, du moins de ma conception. Toutefois, j'ai trouvé la rengaine de la pluralité lassante. En plus d'obtenir du lecteur qu'il ne retienne que ceci de l'essai, cela plombe le cerveau, dans la formulation déployée, et c'est peu utile : il suffisait, pour moi du moins, de le dire une fois, peut-être deux, pour que je m'en souvienne jusqu'à la fin et que je lise en connaissance de cause. Cela reste tout de même très intéressant et fourmillant d'idées, de preuves, d'arguments de tous temps.

    « Rien de plus difficile à fixer [...] que l'objet du désir sexuel. »

    Pour finir, j'ajouterais qu'il m'est assez plaisant d'écouter parler Clément Rosset. Plus que de le lire, je pense. Je vois comme une personnification de l'écriture dans cette voix un peu enrouée et grasse, bercée de culture et avec tellement, tellement de choses à dire, à raconter... Toi aussi, tu devrais essayer.

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