• Jorge Luis Borges — Fictions

    Fictions


           

    Titre : Fictions

    Auteur : Jorge Luis Borges

    Première parution : 1944

    Édition lue : Folio

    SYNOPSIS

    « Sans doute y a-t-il du dilettantisme dans ces Fictions, jeux de l'esprit et exercices de style fort ingénieux. Pourtant, le pluriel signale d'emblée qu'il s'agit d'une réflexion sur la richesse foisonnante de l'imagination. Au nombre de dix-huit, ces contes fantastiques révèlent, chacun à sa manière, une ambition totalisante qui s'exprime à travers de nombreux personnages au projet démiurgique ou encore à travers La Bibliothèque de Babel, qui prétend contenir l'ensemble des livres, existants ou non. La multitude d'univers parallèles et d'effets de miroir engendrent un "délire circulaire" vertigineux, une interrogation sur la relativité du temps et de l'espace. Dans quelle dimension sommes-nous? Qui est ce "je" qui raconte l'invasion de la cité dans La Loterie de Babylone ? En mettant en vis-à-vis le Quichotte de Ménard et celui de Cervantès, lit-on la même chose ou bien la décision de redire suffit-elle à rendre la redite impossible ? Il n'est pas certain que l'on ait envie d'être relevé du doute permanent qui nous habite au cours de cette promenade dans Le Jardin aux sentiers qui bifurquent. On accepte volontiers d'être les dupes de ces Artifices, conçus comme le tour le plus impressionnant d'un prestidigitateur exercé. — Sana Tang-Léopold Wauters. » 

     

    Jorge Luis Borges, de son nom complet Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo, est un écrivain argentin de prose et de poésie, né le 24 août 1899 à Buenos Aires, et mort à Genève le 14 juin 1986. Ses travaux dans les champs de l'essai et de la nouvelle sont considérés comme des classiques de la littérature du XXe siècle.

    « Une doctrine philosophique est au début une description vraisemblable de l'univers ; les années tournent et c'est un pur chapitre — sinon un paragraphe ou un nom — de l'histoire de la philosophie. »

    Il est difficile pour moi d'aborder la chose convenablement, puisque toute la lecture m'a posé beaucoup de problèmes liés à des questionnements métaphysiques et déconnectés — enfin, en lisant, on se dit que tout peut être relié, au final... Il faut prendre du temps pour lire ce recueil de très courtes nouvelles, il faut prendre du recul. C'est une littérature à ricochets, irrégulière, dense, très référencée sans pour autant en devenir abstruse, qui déracine les lois du fantastique en incluant une facette philosophique, mais centrée sur les lettres. Il y a un rapport au genre totalement innovateur, décalé, que les successeurs notables de Borges, comme Cortázar, Bolaño ou Cercas, poursuivront.

    « Ce que fait un homme c'est comme si tous les hommes le faisaient. Il n'est donc pas injuste qu'une désobéissance dans un jardin ait pu contaminer l'humanité ; il n'est donc pas injuste que le crucifiement d'un seul juif ait suffi à la sauver. »

    Le recueil est divisé en deux parties : Le jardin aux sentiers qui bifurquent et Artifices. Je n'ai pas eu de préférence entre ces deux délimitations : j'ai découvert des perles un peu partout, bien que j'aie pu trouver par moments le style plus affirmé dans les Artifices. Borges a l'art de dépayser ; il emprunte les chemins qu'il chérit le plus : les références littéraires foisonnantes — et la plupart du temps fictives, c'est-à-dire que la référence elle-même fait partie de la fiction, voire est à elle seule la fiction (je pense notamment à l'Examen de l'œuvre d'Herbert Quain dans Le jardin aux sentiers qui bifurquent, que j'ai particulièrement apprécié, où semble développée une simple critique littéraire d'un auteur à succès, alors que cet auteur n'existe pas. La nouvelle est fantastique parce que toute l'approche littéraire engagée est purement imaginaire ; j'ai trouvé cela remarque.) — ; on a ensuite les thèmes de la métaphysique et de la théologie (exemple concret dans Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, nouvelle que j'ai également beaucoup aimée, ou encore dans Trois versions de Judas), où certains sens et acquis sont détruits pièce par pièce ; s'introduisent aussi les sujets plus spécifiques des labyrinthes, récurrents dans tout le recueil (Les ruines circulaires, ou Le jardin aux sentiers qui bifurquent — en tant que nouvelle —), ou encore de l'infini (tissant la trame de récits comme La bibliothèque de Babel).

    « L'histoire, mère de la vérité ; l'idée est stupéfiante. Ménard, contemporain de William James, ne définit pas l'histoire comme une recherche de la réalité mais comme son origine. La vérité historique, pour lui, n'est pas ce qui s'est passé ; c'est ce que nous pensons qui s'est passé. Les termes de la fin — exemple et connaissance du présent, avertissement de l'avenir — sont effrontément pragmatiques. »

    Je pense que c'est là une écriture expérimentale, du moins une approche du fantastique particulière — certains considèrent Borges comme "l'inventeur de la fiction philosophique". Le tout reste assez accessible ; même si l'écriture est très riche, elle peut presque reposer dans certains récits, si tant est qu'ils suivent d'autres plus ardus et philosophiques, où l'on doit faire acte de chaque membre de phrase si l'on veut suivre le déroulement correctement.

    « J'ai toujours imaginé le paradis comme une sorte de bibliothèque. »

    Un très grand et célèbre recueil, classique de la littérature hispanophone et fantastique, à lire, du moins à avoir lu, quoique les commentaires négatifs sur l'œuvre de Borges se fassent rare du fait de sa popularité. La formulation de la quête du savoir, de la question de l'érudition et de la place dans l'univers restreint qu'est la société, celle de l'homme en général, reviennent perpétuellement. Cet homme labyrinthique, si l'on peut dire, déploie une force extraordinaire à conter les lettres et les connaissances, couplée d'une inventivité sans pareille. Pour finir, il me semble important de préciser que ce sont les nouvelles Le miracle secret et La bibliothèque de Babel ici présentes qui ont inspiré à Umberto Eco, fervent admirateur, son best-seller Le nom de la rose, qui lui a valu nombre d'honneurs et de critiques positives. On y trouve un florilège d'évocations peu voilées du recueil de Borges, à commencer par l'auteur lui-même, matérialisé en un bibliothécaire aveugle qui s'avèrera être en quelque sorte le contraire de sa personne : Jorge de Burgos. Selon María Kodama, ancienne assistante de l'écrivain, il serait conseillé à qui aspirerait à plonger dans l'art borgéen de débuter par Le livre de sable (datant de 1975), Les Conjurés (1985) et Le rapport de Brodie (1970). Néanmoins, de très nombreux connaisseurs s'accordent à dire que Fictions est un des — sinon le — recueils les plus aboutis et représentatifs de cette déclinaison passionnante du fantastique...

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