• Marceline Loridan-Ivens — Et tu n'es pas revenu

    Et tu n'es pas revenu


             

    Titre : Et tu n'es pas revenu

    Auteures : Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon

    Parution : 2015

    Édition lue : Grasset

    SYNOPSIS

    « J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

     

    Les souvenirs froids, les horreurs cachées dans la tête de Marceline Loridan-Ivens m'ont été révélées. Déportée à Drancy puis à Auschwitz-Birkenau, l'auteure, suppléée des deux mains de la journaliste Judith Perrignon, fait une lettre ouverte à son père, Salomon en France, Shloïsme en son cœur, qui lui n'en est jamais revenu.

    « Tu n'es pourtant pas mort pour la France. La France t'a envoyé vers la mort. Tu t'étais trompé sur elle. »

    C'est un livre d'une force émotionnelle extraordinaire. Le style est crû, on ne mâche pas ses mots dans ce qui semble être un aveu, quelque chose qui pèse dans un cœur meurtri par les camps et l'inhumanité d'un autre monde. L'horreur se mêle à cette forme — assez prononcée m'a-t-il semblé — d'inhumanité, même dans l'écriture ; je pense notamment aux passages dans lesquels elle dit avoir "assassiné" des gens, sans qu'on sente une fébrilité dans l'écriture, un scrupule attaché à la mémoire, car la survie seule comptait.

    « Survivre vous rend insupportables les larmes des autres. On pourrait s'y noyer. »

    Une histoire affreuse, quand on se rappelle la vie qu'elle s'est bâtie au sortir des camps, une vie d'actrice, de scénariste enjouée, ne parlant des numéros tatoués sur son bras que rarement, pour répondre à des questions. Et ces questions, peut-être est-ce là le pire, dans cette histoire... et ces questions ! Personne n'a compris ce que cette femme a vécu, ce qu'elle garde caché dans sa tête (tant d'abominations doivent s'y trouver !). Une histoire bouleversante.

    « Ce jour-là, sur le quai, il m'a juste dit, en me montrant discrètement son matricule : "J'étais à Auschwitz. Ne leur raconte pas, ils ne comprennent rien." »

    J'espère que les gens d'aujourd'hui comprennent, à présent. Qu'ils comprendront toujours autant. Qu'ils s'en souviendront tant que l'homme dominera, comme une bifurcation macabre, un chemin ténébreux que l'on doit éviter mais dont la présence ne doit jamais être oubliée. Oui, je pense que ces mots illustrent bien ma lecture. Un livre qui ne mâche pas ses mots.

    À lire, à relire et à ne pas oublier.

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  • Commentaires

    1
    Emma
    Mardi 28 Juillet 2015 à 18:35

    Certainement mon prochain livre.... Merci pour cette présentation. 

    2
    Mardi 28 Juillet 2015 à 18:53

    Je t'en prie Emma, c'est vraiment un livre d'actualité à lire. Le témoignage, d'un réalisme extraordinaire, se suffit à lui-même. N'hésite pas à revenir me dire ce que tu en as pensé !

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