• Nathalie Sarraute — Tropismes

    Tropismes


           

    Titre : Tropismes

    Auteure : Nathalie Sarraute

    Première parution : 1939

    Édition lue : Minuit / double

    SYNOPSIS

     « Les tropismes, a expliqué l'auteur “ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir...” Vingt-quatre petits tableaux d'oscillations intérieures presque imperceptibles à travers clichés, lieux communs et banalités quotidiennes : vingt-quatre petits récits serrés, où il n'y a plus de trame alibi, plus de noms propres, plus de « personnages », mais seulement des “elle” et “il” , des “ils” et “elles”, qui échangent leur détresse ou leur vide au long de conversations innocemment cruelles ou savamment féroces. “ Tropismes contient les éléments dont, ensuite, Nathalie Sarraute tirera parti : textes très courts où une conscience jamais nommée, simple référence impersonnelle. s'ouvre ou se rétracte à l'occasion d'une excitation extérieure, recevant la coloration qui permet de l'entrevoir ».

     

    Nathalie Sarraute, Natalia (Natacha) devenue Natalie Tcherniak née à Ivanovo-Voznessensk, en Russie, le 5 juillet 1900, morte à Paris le 19 octobre 1999, est une écrivaine française d'origine russe. Elle a reçu le Prix international de littérature pour son roman Les Fruits d'Or écrit en 1963.

    « En somme, ceux même de ses amis, de ses parents, qui étaient férus de psychiatrie ne pouvaient rien lui reprocher, sinon, peut-être, devant ce manque chez lui d’inoffensives et délassantes lubies, devant son conformisme par trop obéissant, une légère tendance à l’asthénie. »

    L'exploration de l'œuvre continue : j'ai choisi de poursuivre avec le commencement des travaux de Nathalie Sarraute, ce qu'elle-même définit comme le matériau premier de tout ce qui suivra. Ce fut une lecture courte et divertissante, le tissu maître se basant sur une décentralisation des caractères du récit, que nous aborderons un peu plus en dessous. J'ai beaucoup aimé découvrir une nouvelle science des mots, de leurs emplois, de tout ce qu'ils peuvent procurer au lecteur, des sensations inattendues, fraîches, dépaysantes.

    « Ils ne demandaient rien de plus, c’était cela, ils le savaient, il ne fallait rien attendre, rien demander, c’était ainsi, il n’y avait rien de plus, c’était cela, la vie. »

    Encore une fois, je suis sorti de la matière principale pour extirper ce qui me semblait le meilleur de ces quelques lignes d'indécision et de tumulte sombre. On a un portrait très cru, une description continuelle presque ; une toile qui se veut éternelle et dont, éternellement, on ne pourra que supposer les raisons.

    « Elle avait compris le secret. Elle avait flairé où se cachait ce qui devait être pour tous le trésor véritable. Elle connaissait l'échelle des valeurs. »

    Je comprends le scepticisme de certains à la lecture, tant que les arguments ne sont pas benêts et de mauvaise foi. L'appréciation d'un livre peut tenir, cela va de soi, principalement du degré engendré de sensibilité artistique, lequel demeure totalement subjectif, donc peu sujet à développements, certes. Il est cependant inconcevable de ne pas reconnaître une nature artistique, à quelque degré que l'on soit. Ce n'est pas parce que l'on n'aime pas les épinards que ce ne sont pas des légumes. Le phénomène ici s'accroît visiblement du fait de la forme, tout à fait originale, en son sens premier, et s'inscrivant dans le courant du Nouveau Roman. Officiellement, les conventions voudraient qu'il s'agisse d'un recueil de textes, ou de récits, mais c'est rendre hommage à toutes les convictions de l'écrivaine que de clamer haut et fort l'attrait romanesque de ces bribes expérimentales.

    « Préface
    J'ai commencé à écrire Tropismes en 1932. Les textes qui composaient ce premier ouvrage étaient l’expression spontanée d’impressions très vives, et leur forme était aussi spontanée et naturelle que les impressions auxquelles elle donnait vie. »

    C'est un roman, oui, et là se trouve toute la difficulté dans l'abordage. Il faut savoir consigner les termes, les faire cohabiter, et ce n'est pas simple. En effet, on a ici un roman qui n'a cure des codes, qui ne contient donc ni personnages, ni intrigue, ni fil conducteur, ni souci de l'interprétation : tout est plus ou moins aléatoire, comprimé, exprimé vaguement, et c'est là tout l'exercice de style.

    « Ils le prenaient et ils le trituraient, le retournaient en tous les sens, le piétinaient, se roulaient sur lui, se vautraient. Ils le faisaient tourner, et là, et là, et là, ils lui montraient d’inquiétants trompe-l’œil, des fausses portes, des fausses fenêtres vers lesquelles il allait, crédule, et où il se cognait, se faisait mal. »

    Je copie ici le plan de l'ouvrage proposé par Wikipédia, qui m'a semblé tout à fait alléchant — l'ayant lu avant les Tropismes — et en même temps totalement décalé en ceci qu'il tente de deviner un squelette là où n'est qu'amas de chairs éparses. Attention, risque de spoil.

    I: Une foule se trouve devant des vitrines.
    II: Un homme souffre de la médiocrité de pensée de son entourage.
    III: Dans le quartier du Panthéon, des personnages solitaires, sans souvenirs, sans avenir, sont heureux.
    IV: Un étrange ballet verbal, cruel et ludique, se déroule entre un homme et quelques femmes ;
    V: Une femme est figée dans l'attente.
    VI: Une femme impérieuse écrase autrui sous le poids des choses.
    VII: Une femme parle et souffre de se sentir jugée par un homme qui ne parle pas.
    VIII: Un grand-père, qui promène son petit-enfant, exerce sur lui une protection étouffante, et lui parle de sa mort.
    IX: Un homme parle à une femme pour qu'elle ne parle pas.
    X: Des femmes jacassent dans un salon de thé.
    XI: Une femme est assoiffée d'«intellectualité».
    XII: Un professeur du Collège de France vide «de leur puissance et de leur mystère» Proust et Rimbaud.
    XIII: Des femmes sont acharnées à traquer une pièce de tissu.
    XIV: Une femme sensible, croyante, s'attire les brusqueries d'autrui.
    XV: Une jeune fille est heurtée par les inepties du vieillard qu'elle admire.
    XVI: Un vieux couple mène une vie résignée.
    XVII: Un jeune couple est en promenade avec son enfant.
    XVIII: Dans la quiétude d'un cottage anglais, «une demoiselle aux cheveux blancs» attend l’heure du thé.
    XIX: Un faible, malmené par autrui, se laisse faire.
    XX: Un homme est rassuré et étouffé par les femmes qui l'entourent depuis son enfance.
    XXI: Une femme trop sage est traversée par le désir soudain de fuir et de choquer.
    XXII: Un homme se défend d'être attiré par les objets.
    XXIII: Une femme, malgré elle, rejoint le cercle de sa famille qu'elle méprise.
    XXIV: Un homme est victime de l’hostilité silencieuse de son entourage.

    Une lecture que j'ai préférée à Ouvrez et qui me semble très appropriée pour aborder l'œuvre de ce génie incompris — heureusement, pas de tous — qu'est Nathalie Sarraute.

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